Il est indispensable de vivre nos émotions pour diriger notre vie de manière à en être satisfait. Pour cela, il faut savoir ce qui est un sentiment et ce qui n'en est pas. (Les termes sentiments et émotions sont utilisés comme des équivalents dans ce texte.) Comme plusieurs expériences émotives ressemblent comme des clones à des émotions, il est important de faire les distinctions qui permettront d'utiliser chaque expérience pour ce qu'elle est.
Nous avons constamment des émotions, comme nous avons constamment des sensations.
Exemple :
Le film m'ennuie et mon amoureuse m'attend pour dîner. La décision est facile à prendre: je quitte le cinéma et j'accours chez Elle. Mon enfant est malade, je suis inquiète. Malgré mon immense fatigue, je suis d'accord pour les nuits blanches qu'il m'impose.
Voilà deux décisions prises à partir de l'information fournie par mes émotions. La plupart des émotions passent ainsi, presqu'inaperçues, car elles ne nous posent pas de problème.
C'est lorsqu'elles nous dérangent que nous nous objectons et que nous tentons de les arrêter ou de les transformer artificiellement. Pourtant, qu'elles nous dérangent ou non, elles jouent le même rôle.
Les émotions = système d’information
Les émotions sont aussi importantes pour diriger notre vie psychique que les sensations au plan physique. Elles nous informent du fait que nous sommes atteints par les choses. Leur intensité nous indique si peu ou beaucoup, nous sommes atteints. Elle est donc révélatrice du degré d'importance. Si un geste, un événement nous atteint, c'est qu'il a une résonnance en nous.
Il nous renvoie à un vécu qui a une signification subjective. Ainsi nous pouvons dire que ce qui nous touche correspond à un besoin en nous.
Il peut s'agir d'un besoin plus ou moins grand, mais ce qui est certain, c'est qu'il est suffisamment important pour que nous soyons ainsi remués.
Exemple :
Mon employeur annonce une mise à pied prochaine. Comme je viens de gagner le gros lot au loto, ça ne m'affecte aucunement. Mais si je n'ai pas gagné au loto et que par ailleurs je viens d'acheter une maison, je me ferai sans doute du mauvais sang.
Dans le deuxième cas, mon équilibre, du point de vue sécurité est menacé. La situation éveille mon besoin actuel de sécurité. Le besoin révélé par une émotion est toujours un besoin présent, comme c'est le cas pour les sensations.
Les sensations sont ressenties elles aussi dans le présent et nous informent sur la situation présente. Chacune d'entre elles peut être considérée comme nous donnant le pouls sur un aspect de notre état physique du moment.
Exemple :
Je vois un trou sur la chaussée, j'allonge le pas pour l'enjamber. J'ai un inconfort au dos, je change de position. J'ai l'estomac qui gargouille, je sais que j'ai faim. Je sens que je perds l'équilibre, j'essaie de le rattraper par divers mouvements.
Tout comme nous avons plusieurs types de sensations qui nous renseignent sur différents aspects de la réalité (vue, ouïe, odorat, toucher, goût, mouvement) nous avons divers types d'émotions qui fournissent de l'information spécifique.
Ainsi,
- la tristesse révèle un manque,
- l'impatience informe du fait que ce que nous faisons présentement n'a pas de sens,
- la colère surgit lorsque nous rencontrons un obstacle à notre satisfaction, etc...
Les émotions surviennent à l'occasion d'un contact avec le monde extérieur mais elles peuvent aussi être suscitées par ce qui se passe en nous.
Par la seule pensée, nous pouvons déclencher une émotion. Un souvenir ravive ma nostalgie. Constater que je reproduis le même comportement me décourage.
L'idée qu'il pourrait se choquer m'affole.
L'anticipation de sa présence m'excite.
Nous pouvons aussi avoir des émotions à partir de nos sensations.
Ma douleur m'exaspère. Je deviens affolée en perdant le souffle. Les symptômes de mon angoisse me font paniquer.
Qu'elle provienne de nos pensées ou d'un événement extérieur, l'émotion a toujours la même fonction: elle nous informe. Ce n'est pas parce que nous n'aimons pas le message qu'elle nous transmet qu'il faut l'éliminer. Nous verrons, à mesure que nous préciserons le type d'information fourni par l'émotion, qu'il n'est pas rentable de manipuler sa vie émotive.
La fonction informative de l'émotion fait d'elle, au contraire, un instrument très précieux pour nous orienter.
Sentir ma tristesse me permet d'identifier ce qui me manque et de choisir ainsi les actions appropriées pour y remédier.
En ressentant mon impatience j'identifie non seulement que je suis en train de perdre mon temps, mais aussi ce qui est ma priorité actuelle.
Assister à la joute verbale de mes deux collègues ne m'intéresse aucunement alors que je suis coincée par une importante échéance.
Sentir à fond mon découragement m'amènera à des solutions que je n'ai jamais envisagées jusqu'à maintenant.
La peine que j'ai à l'idée qu'il pourrait me rejeter me donne l'occasion de cerner l'importance de cette relation pour moi. Je peux ainsi en tenir compte en m'adressant à lui.
A suivre…